ETHYMOLOGIE ET HISTOIRE DE SAINT-SERVAN-SUR-MER

La ville de Saint-Servan-sur-Mer remplace l'ancienne cité gallo-romaine d'Aleth ou Alet ou Quidalet. Aleth est entouré au IVème siècle de fortifications et supplante Corseul comme capitale des Curiosolites vers la fin de l'Empire Romain. Aleth est au début du Vème siècle le chef-lieu d'une division militaire et la résidence du "Proefectus militum Martensium".

Vers 575, le gallois Maclow ou Malo, débarque sur le Rocher d'Aaron et se met à évangéliser les habitants d'Aleth. La population embrasse alors le Christianisme, et Aleth devient très rapidement évêché. Malo n'est à cette époque que l'auxiliaire de Dol. Le siège épiscopal n'est définitivement constitué qu'au milieu du IXème siècle par le roi Nominoë.

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Par sa situation géographique, Aleth voit son église incendiée par les troupes de Charlemagne et les Normands livrent deux fois la ville aux flammes au début du Xème siècle. Malgré les ravages causés par les Franks et les Normands, la cité d'Aleth se relève de ses ruines et reconstruit son église vers le XIème siècle. Cette église se compose à l'époque d'une nef et de deux collatéraux, séparés d'elle par des arcades en plein cintre qui reposent sur des piliers carrés sans chapiteaux. La nef mesure 43 mètres de longueur : elle est terminée à l'Est et à l'Ouest par deux absides demi-circulaires.

La renaissance de la ville est pourtant de courte durée, car devant l'insécurité du lieu, les habitants se retirent sur l'îlot voisin de Saint-Aaron (ville actuelle de Saint-Malo). Leur évêque Jean de Châtillon y transfère même son siège épiscopal vers 1152, ce qui provoque l'abandon de l'église appelée encore "la Cathédrale". L'abside Est de l'ancienne église est restaurée en 1868 et subsiste aujourd'hui sous le nom de Chapelle Saint-Pierre.

Vers la fin du XIIème siècle un quartier se crée, sous le nom de Saint-Servan (Saint-Servan-sur-Mer), autour de l'ancienne église (ou Cathédrale) et donne naissance à la paroisse de Saint-Pierre de la Cité en 1382. M. de la Borderie dit qu'elle « servait de paroisse à toute la banlieue, car la ville proprement dite avait pour paroisse la cathédrale même d'Aleth, dont un dernier reste subsiste encore aujourd'hui dans la vénérable petite chapelle de Saint-Pierre de la Cité » (Semaine Religieuse de Rennes, II, 8). Plusieurs agglomérations se regroupèrent ensuite : Lambesty, Boizouge, la Tréhérais, la Roulais,.. pour former un simple faubourg de Saint-Malo. Saint-Servan est érigé en commune distincte le 19 décembre 1790.

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Le Pouillé de Rennes précise que la plus ancienne mention historique de l'église de Saint-Servan se trouve dans l'acte qui suit : En l'an 1095 ou environ, Robert, seigneur de Plouer (ou Plouër), et son fils Hingant donnèrent à la cathédrale d'Aleth un terrain considérable s'étendant de la porte de la Cité jusqu'au cimetière de Saint-Servan, « quamdam terram juxta prefatœ Urbis portam Sanctique Servatii cimiterium sitam » (Dom Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne, I, 497. — Ainsi, dès le XIème siècle, saint Servais était patron de l'église qui donna son nom au faubourg d'Aleth ; mais on ne comprend pas facilement pourquoi ce faubourg a toujours porté le nom de Saint-Servan conservé par la ville à laquelle il a donné naissance.

 

L'Eglise honore, en effet, plusieurs saint Servan, de même qu'un saint Servais ; si l'on n'avait ce texte de 1095, on pourrait croire que le premier patron du faubourg d'Aleth fut saint Servan, remplacé plus tard par saint Servais). L'existence de ce cimetière prouve bien que Saint-Servan était déjà église paroissiale. « Le terrain ainsi donné prit justement le nom de terre de Brécel, parce que le père du donateur s'appelait lui-même Brécel de Plouer.

 

On se peut aisément imaginer l'étendue de cette terre, car la place actuelle de la Paroisse représente très-probablement le cimetière primitif de Saint­Servan, et ainsi la donation de Robert, fils de Brécel, embrassait toute l'étendue comprise entre cette place, la rue qui porte encore le nom de Pré-Brécel, et la mer, tant du côté de Solidor que de celui des Bas-Sablons, jusqu'à l'extrémité Est de la rue Beau-Rivage. Robert mit à ce don deux conditions qui ne sont pas sans intérêt : d'abord qu'il aurait part à toutes les prières faites dans l'église d'Aleth et dans toutes les consécrations des églises du diocèse, et ensuite que si le diocèse était, au moment de sa mort, sous le coup d'un interdit, lui Robert n'en serait pas moins inhumé en terre sainte avec les prières accoutumées » (M. de la Borderie, loco citato). Robert de Plouër tenant sa terre de Guégon, vicaire ou voyer du pays d'Aleth, il fallait que ce seigneur supérieur donnât son consentement à la donation faite à l'église d'Aleth.

 

Or, Guégon n'était pas d'humeur accommodante ; il prétendait avoir des droits sur cette église et n'en usait que pour la spolier ; comme l'évêque d'Aleth s'opposait à ses vexations, il passait sans scrupule jusqu'aux derniers excès de la violence. Mais ce furent ces excès mêmes qui le contraignirent à consentir à la donation de Robert. Pendant le carême de l'année 1098, on vit, en effet, Guégon « briser les portes de la cathédrale d'Aleth pour s'emparer de ses riches ornements et enlever avec un soin spécial les aumônes considérables que les fidèles y déposaient en ce temps, pour être distribuées aux pauvres par l'évêque. Mais Guégon ne porta pas loin son péché. L'été suivant il reçut une blessure à la tête et fut rapporté chez lui mourant. Aussitôt le remords de son sacrilège du carême précédent lui remplit l'âme d'épouvante ». Il envoya supplier l'évêque Benoît, qui se trouvait par hasard à Saint-Malo-de-l'lle, de venir le confesser et l'absoudre de l'excommunication dont il l'avait frappé. « Avec un tel personnage, auquel les fourberies ne coûtaient rien, il fallait quelque prudence, et aussi d'abord l'évêque refusa d'aller le trouver.

 

Mais enfin, sur de nouvelles instances, dès qu'il connut avec certitude l'état de Guégon, il se rendit auprès de lui avec ses prêtres, l'admit à la pénitence et leva l'excommunication, mais à condition que le fougueux vicaire ne porterait plus les armes sans en avoir obtenu de son évêque la permission expresse, à condition aussi qu'il rendrait aux pauvres tout ce qu'il leur avait volé et qu'il ferait à l'église d'Aleth une satisfaction convenable » (M. de la Borderie, loco citato).

 

Pour remplir cette dernière clause, Guégon confirma définitivement le don de la terre de Brécel fait par Robert à l'évêque d'Aleth, et il en investit Benoît au moyen du bâton pastoral de celui-ci. De plus, d'accord avec son frère Haimon, le même Guégon donna à l'église Saint-Pierre d'Aleth et aux évêques de cette ville plusieurs dîmes qu'il possédait aux environs, et il permit d'établir un cimetière sur sa terre à côté de l'église d'Aleth (Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 491).

 

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Néanmoins cent ans plus tard, du temps de l'évêque Pierre Giraud (1185-1218), la possession du Pré-Brécel fut encore contestée au Chapitre d'Aleth, ou, comme on disait déjà, de Saint-Pierre de la Cité, par un particulier appelé Galais ou Galèse, « Galesius », qui prétendait y avoir droit du chef de sa femme, sortie apparemment des sires de Plouer (ou Plouër).

 

Mais ce droit était sans doute fort problématique, car Galais, sa femme et sa fille y renoncèrent pour une somme de 8 livres 10 sols, monnaie d'Anjou, que leur donna Jean, prieur de la Cité, en retour de quoi ils jurèrent solennellement renoncer à toutes leurs prétentions. Ce serment fut prêté par eux non-seulement sur l'autel de la cathédrale de Saint-Malo, mais aussi sur les reliques et sur la croix de Saint-Servais, « super reliquias et super crucem Sancti Servacii ».

Ceci montre l'importance qu'avait dès lors l'église paroissiale de Saint-Servan, dont le recteur, appelé Robert, figure parmi les témoins de cet acte (Bibliothèque d'Avranches, charte inédite. — Semaine religieuse de Rennes, II, 10. — La dévotion à une croix enrichie de reliques parait, en effet, avoir existé dans l'ancienne église de Saint-Servan, qui portait même parfois le nom d'église Sainte-Croix. Cette dénomination est encore donnée maintenant à l'anse du port la plus rapprochée du temple, appelée anse Sainte-Croix). Lorsque saint Jean-de-la-Grille transféra, en 1152, le siège épiscopal d'Aleth à Saint-Malo-de-l'Ile, il créa en cette dernière ville un Chapitre régulier auquel il donna entre autres églises celles de Saint-Pierre d'Aleth et de Saint-Servan. Il permit en même temps à ses chanoines de desservir eux-mêmes les deux paroisses d'Aleth. Mais en 1319 le Chapitre de Saint-Malo fut sécularisé, les chanoines durent abandonner leurs cures et faire desservir leurs paroisses par des prêtres séculiers.

 

Or, à cette époque la paroisse de Saint-Pierre, qu'on appelait alors paroisse de la Cité, subsistait encore ; nous en avons la preuve dans l'état des biens de cette église dressé à cette époque. On y voit qu'elle avait un revenu de 182 livres 18 sols ; le Chapitre de Saint-Malo, cessant de la desservir, se réserva la plus grande partie de ces rentes et abandonna au vicaire ou recteur commis à sa place 35 livres de rente seulement, outre les oblations de la paroisse. Le recteur de la Cité dut, moyennant ce traitement, subvenir à toutes les charges paroissiales et payer les décimes et les autres droits accoutumés (« Super ecclesiam de Civitate Alethensi cujus emolumenta valere annis communibus reperimus novies viginti duas libras et decem et octo solidos, ordinatum est quod Capitulum habebit totum emolumentum et reddet vicario trigenta quinque libras supradictas ultra oblationes dictœ parochiœ quas debet habere idem vicarius ; super quibus triginta quinque libris et oblationibus idem vicarius omnia onera dictœ parochiœ supportabit, et decimalia atque magistralia consueta solvet » - Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, fonds de Saint-Malo).

A la même époque, l'église de Saint-Servan n'avait que 104 livres de rente ; le Chapitre de Saint-Malo se réserva toutes les dîmes qui en dépendaient et abandonna au recteur le reste des revenus. Ainsi, au XIVème siècle comme au XIème, deux paroisses existaient dans ce que nous appelons aujourd'hui Saint-Servan. Mais il est vraisemblable que cette paroisse de la Cité ne dut pas tarder à disparaître ; son territoire fut réuni à celui de Saint-Servan, et les chanoines de Saint-Malo se chargèrent de l'entretien de l'église Saint-Pierre, considérée dès lors comme simple chapelle.

 

Toutefois, quelle que fût l'importance de Saint-Servan à partir de cette époque, cette paroisse n'en continua pas moins, après la ruine d'Aleth, d'être considérée comme un faubourg de la ville épiscopale, c'est-à-dire de Saint-Malo. Malgré les tentatives réitérées de ses habitants, Saint-Servan ne put obtenir le rang et le titre de ville distincte de Saint-Malo qu'à la Révolution française.

 

Aux derniers siècles, l'évêque et le Chapitre de Saint-Malo se partageaient les dîmes de Saint-Servan ; ils s'engagèrent en 1638 à payer au recteur une rente de 50 livres, pour lui tenir lieu des dîmes novales qui seules lui appartenaient. Ce recteur, présenté alternativement par le Pape et l'évêque, déclara en 1790 posséder un revenu brut de 1.410 livres ; mais il avait 200 livres de charges, ce qui réduisait son bénéfice à 1.210 livres de rente.

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A la même époque, l'église de Saint-Servan n'avait que 104 livres de rente ; le Chapitre de Saint-Malo se réserva toutes les dîmes qui en dépendaient et abandonna au recteur le reste des revenus. Ainsi, au XIVème siècle comme au XIème, deux paroisses existaient dans ce que nous appelons aujourd'hui Saint-Servan. Mais il est vraisemblable que cette paroisse de la Cité ne dut pas tarder à disparaître ; son territoire fut réuni à celui de Saint-Servan, et les chanoines de Saint-Malo se chargèrent de l'entretien de l'église Saint-Pierre, considérée dès lors comme simple chapelle. Toutefois, quelle que fût l'importance de Saint-Servan à partir de cette époque, cette paroisse n'en continua pas moins, après la ruine d'Aleth, d'être considérée comme un faubourg de la ville épiscopale, c'est-à-dire de Saint-Malo. Malgré les tentatives réitérées de ses habitants, Saint-Servan ne put obtenir le rang et le titre de ville distincte de Saint-Malo qu'à la Révolution française. Aux derniers siècles, l'évêque et le Chapitre de Saint-Malo se partageaient les dîmes de Saint-Servan ; ils s'engagèrent en 1638 à payer au recteur une rente de 50 livres, pour lui tenir lieu des dîmes novales qui seules lui appartenaient. Ce recteur, présenté alternativement par le Pape et l'évêque, déclara en 1790 posséder un revenu brut de 1.410 livres ; mais il avait 200 livres de charges, ce qui réduisait son bénéfice à 1.210 livres de rente.

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A la même époque, la fabrique jouissait d'un fief de peu de valeur ; toutefois elle avait sa part de l'obiterie, qui était considérable (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 4 G, 57, et 1 V,29). Parmi les usages locaux d'autrefois, mentionnons la procession du mercredi des Rogations. Ce jour-là, le Chapitre de Saint-Malo venait à Saint-Servan, et le clergé de cette dernière paroisse allait au-devant de lui jusqu'à la croix du Nay ; là, les deux processions se réunissaient et allaient ensemble rendre hommage à l'antique église Saint-Pierre de la Cité ; arrivés sur la place précédant ce sanctuaire et là où se trouvait jadis le cimetière d'Aleth, les chantres entonnaient un Libera ; puis on entrait à Saint-Pierre, où l'on chantait un motet en musique ;

la procession gagnait ensuite Saint-Servan et les églises conventuelles des Capucins, des Récollets et du Calvaire ; puis elle revenait à la place du Nay pour se séparer ; le clergé de Saint-Malo retournait alors en cette ville et celui de Saint-Servan rentrait chez lui (Abbé Manet, Grandes recherches ms.). De nos jours, Saint-Servan a perdu une portion de sa campagne par suite de l'érection en paroisse de Château-Malo en 1840 (Pouillé de Rennes).

La seigneurie de Château-Malo possédait jadis un droit de haute justice à quatre piliers et un droit de ceps et de collier dans le bourg de Château-Malo.On rencontre l'appellation suivante : Ecclesia Sancti Servacii (au XIème siècle).

                                                                                                                                                                                                                Source textes et photos: infobretagne.com